Les hélicoptères Bombardiers d'eau

Dès les premiers jours de l'existence de la base d'avions de la Protection civile de Marignane (1963), un hélicoptère était présent. Francis ARRIGHI, sous-préfet et fondateur de la base, projetait déjà de créer une base d'hélicoptères associée et avait obtenu, dans ce cadre, une Alouette II qu'il pilotait souvent lui même. Le rôle de ce poste de commandement volant était de guider les Canso PBY, de coordonner action au sol et attaque aérienne.

Mil Mi6 soviétique

Quelques années plus tard l'Union Soviétique nous envoit pour démonstration un vrai monstre : un Mil Mi6 capable de larguer 10 000 litres d'eau ! Il participera aux missions feux de l'été 1966 sous immatriculation soviétique. Les essais ne sont pas concluants et rendez-vous est pris pour la saison feux suivante pour évaluer à nouveau cet extraordinaire engin volant. En 1967 donc le Mi6 revient à la base de Marignane, piloté par Youri GARNAIEV, une légende de l'armée et de l'aérospatiale soviétiques. Cette fois les essais sont jugés satisfaisants. Mais au cours d'une mission feu l'appareil s'écrase près de Marseille et neuf morts sont à déplorer. Les essais sont stoppés définitivement.

La même année l'armée de l'air avait mis à la disposition de la Protection civile des Alouette II et des Sikorsky H-34. Ces hélicoptères transportaient une citerne de 800 litres d'eau mais il s'agissait surtout de déposer cette réserve d'eau ainsi que des sapeurs-pompiers et leur matériel en zones inaccessibles par les voies terrestres (c'est l'origine du DIH, Détachement d'Intervention Héliporté encore utilisé, par exemple, dans le Var, dans l'Isère...). Il ne s'agit pas encore d'hélicoptère bombardier d'eau. La SNIAS (Société Nationale Industrielle Aérospatiale) essaye de mettre au point ce type de transformation. En 1972 Aérospatiale, héritière de la SNIAS, met aux essais un PUMA SA-330. La réserve d'eau se trouve au bout d'une élingue. Il ne s'agit pas encore du "Bambi Bucket" qui se généralisera quelques années plus tard mais d'un réservoir dont le fond est manoeuvrable. La prise d'eau se fait au dessus d'une pièce d'eau (lac, étang ou rivière...). Durant les essais quelques remplissages ont été "sportifs" et ont nécessité des largages de secours. Cette techique de remplissage et de transport d'eau sera finalement abandonnée.

Ecureuil AS 350 B1 (F-WJUL)

En 1986 la Sécurité civile teste un Ecureuil AS-350 B1 de l'Aérospatiale équipé d'un kit ventral Conair. C'est une première européenne qui aura lieu dans les Alpes-Maritimes. L'appareil, immatriculé F-WJUL, est équipé d'un réservoir ventral de 800 litres d'eau, d'un réservoir de produit moussant de 75 litres intégré dans le réservoir ventral, d'une trompe d'aspiration souple de 3 mètres et d'une pompe d'aspiration de 1800 litres/mn. Le remplissage peut se faire en vol stationnaire (30 à 40 secondes) au-dessus de la réserve d'eau. Une prise de remplissage permet de faire le plein au sol si nécessaire, sous pression (20 secondes).

L'appareil trouvera sa spécificité dans l'attaque rapide des départs de feux dans le laps de temps nécessaire à la mise en place des moyens terrestres. En particulier dans les zones difficiles d'accès. Une autre de ses missions sera la protection des hommes au sol. C'est peut être pourquoi il sera très apprécié des sapeurs-pompiers qui lui réservent un très bon accueil. La Sécurité civile décide de généraliser l'expérience aux autres départements méditerranéens.

La flotte d'hélicoptères bombardiers d'eau légers va augmenter rapidement. En 1987 elle est composé de 10 appareils et passera à 22 appareils en 1990 !. Ce sont des Ecureuil B1, des Lama SA 315B et des Bell 205. Pour beaucoup ces appareils sont loués à des sociétés privées (Frontier, Héli-Union...). Leur financement est national mais leur transformation en bombardiers d'eau ainsi que les équipages et la logistique sont pris en charge par les départements utilisateurs. Ces appareils ne sont donc pas aux couleurs de la Sécurité civile mais à celles des sociétes loueuses mais agrémentés des logos départementaux et de la mention "Sapeurs-pompiers".

Puma SA 330

Conair développe en collaboration avec Aérospatiale un kit adaptable sur un appareil lourd : le Puma SA 330 capable de larguer de manière modulée 600, 1 200 ou 2 400 litres d'eau. Cet appareil issu d' Aérospatiale (dont la branche hélicoptères deviendra Eurocopter) est testé sur plusieurs saisons feux mais ne sera pas retenu à cause de sa motorisation trop peu puissante pour cet emploi. On teste alors en parallèle le Super Puma AS 332, plus puissant (1990). Les essais sont alors concluants : l'hélicoptère lourd bombardier d'eau trouve sa vraie place au sein du dispositif national.

Pourtant ces évaluations, bien que positives, n'auront pas de suite: la Sécurité civile est confrontée au début des années 90 à un double problème de renouvellement de son parc : le remplacement de la flotte de Canadair CL-215 par les CL-415 et le programme de modernisation de la flotte d'Alouette III. Les crédits ne seront pas suffisants pour transformer les essais prometteurs d'hélicoptères lourds.