Le CCF sur châssis GMC en Gironde et dans les Landes

Olivier GABRIEL - Septembre 2010

Photographies d'Adriaan KRIEK et Bernard GOURNAY

A la fin de la Seconde guerre mondiale il est urgent de rééquiper les sapeurs-pompiers de France. Leur parc d'engins a été tres éprouvé par le conflit. Dans ce contexte est normalisé le fourgon d'incendie (FIN), véhicule simple capable de transporter hommes et matériels et qui tracte une motopompe remorquable dont les services d'incendie avaient été largement dotés avant-guerre en prévision du conflit. Mais cet engin n'est pas hors route et ne porte pas d'eau. Il n'est donc pas adapté aux interventions en milieux ruraux et forestiers où l'eau fait souvent défaut et où les accès pas toujours carrossables. D'autant que la fin de la guerre voit une recrudescence des feux de forêts.

Les départements touchés par les feux de forêts s'équipent avec des matériels légers et moyens des surplus miltaires : Jeep, Dodge, Half-Track... Mais ces engins ne portent pas assez d'eau pour être efficaces contre les grands feux.

Le département de la Gironde s'équipe avec des châssis GMC, plus lourds, laissés par l'occupant ou les forces américaines : par exemple les GMC avec citerne en bois de 1 200 litres du Chemical Warfare Service (qui deviendra en 1945 le Chemical Corps).

Vers une normalisation

En 1948 sont précisées les caractéristiques souhaitées pour un engin lourd de lutte contre les incendies forestiers : châssis GMC, capacité de 3 500 litres, pompe d'un débit de 500 litres/min portative et amovible, dévidoir de premier secours.

Sur ce modèle et compte tenu de l'urgence de rééquipement, Guinard concoit un bloc comportant un ensemble citerne parallélépipédique/motopompe/dévidoir pouvant être facilement monté sur les châssis. La pompe utilisée est la MPP 30-202 animé par un moteur Peugeot 202 de 28 cv. Elle sera remplacée en 1951 par la motopompe GP 51 A1 à moteur 203. L'ensemble pouvait être monté avec la motopompe à l'avant ou à l'arrière des plateaux des châssis.

Entre 1948 et 1950 Guinard livrera plus de 67 de ces blocs : 25 aux sapeurs-pompiers landais et 35 à ceux de Gironde.

Les ensembles (les blocs) étaient souvent installés sur les châssis sur place par les sapeurs-pompiers eux mêmes. Mais en 1949, après les terribles incendies de la forêt landaise, le programme d'équipement est accéléré. Il est demandé a Guinard, au début de 1950, d'effectuer le montage complet en usine. Une centaine d'engins seront ainsi montés pour les départements de la Gironde et des Landes. Pour se faire Guinard fournit les châssis, ex-véhicules militaires des surplus, les fait réviser par des sous-traitants, assure les essais et gèrent les dossiers d'immatriculation.

Les évolutions

En 1951 le carrossier Ragot, installé à Pessac en Gironde, commence à livrer des GMC équipés de citernes elliptiques de 3 000 litres. Le groupe motopompe est situé à l'arrière. D'autres carrossiers locaux seront sollicités comme Buchmann situé à Audenge.

A partir de 1963 les pneus militaires seront remplacés par des pneus à basse pression plus adaptés aux sols de ces départements.

En 1971 les sapeurs-pompiers girondins s'équipent d'engins allégés d'attaque utilisables en milieux marécageux, toujours sur châssis GMC mais cette fois sans treuil, dont l'emport d'eau est plus modeste - 2 000 litres - et équipés de pneus boue. Une partie de la citerne (le tiers arrière rendu disponible) est un coffre à tuyaux.

Peu à peu les citernes elliptiques seront remplacées par des citernes parallélépipédiques à pans coupés. A partir de 1971 seules ces citernes seront livrées.

Un succes durable !

Le cout réduit, la robustesse, l'unicité des modèles, l'interchangibilité des pièces mécaniques ou des éléments de carrosserie ont fait du châssis GMC un incontestable succès. Ainsi en 1993 le commandant FLAMANT de la commision technique de la Fédération des sapeurs pompiers de France recensait pas loin de 400 châssis GMC toujours en service dans les deux départements :

  • 186 dans les Landes dont 182 camions-citernes forestiers, un poste de commandement, deux dévidoirs automobiles et une benne. Une centaine d'entre-eux étaient communaux. La dernière acquisition date de 1976, les réformes étaient programmées pour 1997,
  • 182 en Gironde dont une centaine communaux. La dernière acquisition date de 1978 et les réformes étaient programmées pour 2000.

Les remplaçants

Divers chassis ont été utilisés en remplacement des GMC avec un équipement sur la même base : citerne de 3 000 litres et pompe d'un débit de 500 litres/min.

Les sapeurs-pompiers des Landes ont utilisés des Acmat VLRA 6x6 équipés par les ateliers départementaux . Par tradition les pare-chocs avants ont été renforcés par un rail pour faciliter la pénétration dans la broussaille et les sous-bois.

Les sapeurs-pompiers de la Gironde ont opté pour le châssis Saviem 6x6 (puis Renault) 110-130, à trois ponts moteurs, transformés par Sinpar et aménagés par les ateliers Bordelais. Les cabines étaient de type torpédo ou fermées avec un trou d'homme permettant à un servant d'arroser pendant que les engins roulaient.

Les deux départements ont également largement utilisé des châssis articulés Brimont ETR.

Merci a Stéphane FAIVRE et Eric DUMONCEAUD pour leurs documentations sur ce theme.