Le véhicule rail route des sapeurs-pompiers des Pyrénées-Orientales

Brice MONROIG/Olivier GABRIEL - Décembre 2010

Photographies de Brice MONROIG

Le réseau ferré français comprend plus de 1300 tunnels pour une longueur totale de 540 km. Ces tunnels, pour la plupart construits au siècle dernier, doivent permettre une intervention efficace des équipes de secours en cas d'accident et une évacuation rapide des voyageurs et du personnel cheminot. Ainsi l'équipement des ouvrages en alimentation électrique, en éclairage et en moyens de communication, l'accès des services de secours aux entrées, la planification des secours et des exercices de secours doivent être adaptés.

Le véhicule rail route

Les Services départementaux incendie secours (SDIS) concernés, c'est à dire ayant à défendre de type d'ouvrage, doivent quant à eux adapter leurs moyens d'action. En particulier leurs engins d'interventions doivent être conçus pour le roulage sur voie ferrée afin d'acheminer les secours au plus près du sinistre et mettre en sécurité victimes et impliqués. La solution la plus fréquente est l'adaptation d'un engin routier avec un système d'enraillement que l'on active à l'entrée du tunnel. Par ailleurs des équipements complémentaires sont prévus pour palier à la faible visibilité et au confinement en pareilles interventions : caméras thermiques, autoprotection, sur-pression d'air en cabine, des détecteurs, système de transmission adaptée...

Le tunnel du Perthus

2007©ladepeche.fr

Le tunnel du Perthus permet le passage transpyrénéen de la ligne à grande vitesse Barcelone-Perpignan. Il est intégré à tronçon Figueres-Perpignan concédé pour 50 ans à TP-Ferro, une filiale du français Eiffage et de l'espagnol ACS Dragados.

Il est constitué de deux tubes, séparés de 25 mètres à leurs extrémités et de 35 mètres à mi-chemin, communiquant entre-eux par 41 galeries disposées tous les 200 mètres permettant les interventions de secours.

Il sera emprunté par le TGV à des vitesses de 300 km/h mais également par des trains classiques de voyageurs ou frêt.

Le véhicule rail route du service départemental des Pyrénées-Orientales

Dans ce contexte TP Ferro, gestionnaire du tunnel et donc de sa sécurité, a acquis un véhicule d'intervention rail route. Stationné au centre de secours du Boulou il est armé par des sapeurs-pompiers du Service départemental des Pyrénées-Orientales(SDIS 66).

Cet engin, sur un châssis Renault Premium, est équipé pour la lutte contre l'incendie par Desautel et embarque du matériel de désincércération. Le châssis a été adapté pour le roulage sur rail par Geismar.

L'hydraulique incendie

La capacité en eau de ce véhicule rail route est de 2 140 litres. 500 litres de liquide émulseur peremttent la génération de mousse si nécessaire. La pompe en prise de mouvement sur le moteur débite 2 000 litres/min à 15 bar de pression et est contrôlée depuis le poste de conduite. Un canon de toit débite 1 000 litres/min et est commandé en cabine par un écran tactile ou un joystick.

Sur le toit sont disposés en écheveau 800 mètres de tuyaux de 45 mm de diamètre (2 x 400 mètres).

La désincarcération

Le matériel de dégagement est constitué de matériel de désincarcération Holmatro mono-flexible, d'un écarteur, d'une pince multifonctions, de deux verrins. La mise en oeuvre de ces matériels est assurée par un compresseur hydraulique portable.

La détection et la transmission

Une caméra thermique à l'avant, une autre à l'arrière à demeure sur l’engin ainsi qu’une caméra de recul. reliées à des écrans de contrôle en cabine elles permettent au conducteur de détecter des obstacles à la progression dans le tunnel. une caméra au dessus des boggie avant gauche et arrière droit pour contrôler l'enraillement, c'est à dire du passage du véhicule de la circulation routière au roulage sur rail. Un bogie (ou boggie) est un charriot situé sous le véhicule sur lequel sont fixés les essieux. Quatre caméras thermiques complètent cet équipement : une par binôme et une pour le chef d'agrès.

Neuf postes Antarès (adaptation nationale des transmissions aux risques et aux secours) permettent un accès à une infrastructure numérique de communication.

La protection en cabine

La présurisation de la cabine est possible grâce à deux bouteilles d'air comprimé de 50 litres, permettant de mettre à l'abri l'équipage des fumées toxiques. Une rampe d'autoprotection par aspersion d'eau protège la cabine du rayonnement thermique.

L'enraillement

Un quai situé à l'entrée du tunnel permet de préparer l'engin au passage du roulage routier à la circulation sur rail. L'enraillement est commandé depuis la cabine. La bonne marche de la mise en place des boggies est suivie par deux caméras avec écrans de contrôle en cabine. La propulsion des bogies est assurée par des moteurs hydrauliques d'entrainement Casappa (400 bar), la vitesse maximum est alors de 40 km/h.